Alain Denis
Dans les montagnes du Tien Shan
« Les montagnes du
paradis »
Voyage au Kazakhstan du 05 au 22 juin 2008
Après
l’annulation de l’expédition AGS au Tibet à laquelle je devais prendre part, et ce en raison de la
réaction de la Chine vis-à-vis de l’Occident pour sa prise de position en
faveur du Tibet, puis de l’annulation d’un voyage de substitution au Sichuan
pour les mêmes raisons, j’ai reporté mon choix vers une destination qui m’attirait
déjà : le Kazakhstan et les montagnes du Tien Shan, poétiquement dénommées
« les montagnes du paradis ».
Départ
le 05 juin de Paris pour Londres Heathrow afin de rejoindre le groupe de 11
personnes participant à ce voyage botanique: John et Hilary Birks, couple
norvégien, tous deux professeurs de botanique à l’Université de Bergen; ils ont
participé à de très nombreuses expéditions AGS et c’est là leur 57ème voyage. Liz
Copas, Pat et Fred Bundy, Joan et Liam McCaughey, membres actifs de l’AGS et
lauréats de nombreux concours photos, Moira Brett, Alf et Hannah Strange ainsi
que Barbara Spivey, passionnés d’ornithologie, et moi-même. Nous retrouvons Paul
Green, l’accompagnateur de Greentours, le tour opérateur de ce voyage et nous embarquons
à bord de notre avion pour Almaty, l’ancienne capitale du Kazakhstan.
Almaty
(Alma-Ata à l’époque soviétique) est la plus importante ville du pays et compte
4 millions d’habitants. C’est une belle ville aux larges avenues ombragées et
fleuries. Aujourd’hui des buildings flambant neufs poussent partout et des
dizaines d’autres sortent de terre. Almaty est le poumon économique du Kazakhstan.
Depuis
l’indépendance, c’est Astana qui est la capitale de cet immense pays de 2.727.300km2
et de seulement 15,2 millions d’habitants, dont le sous sol, gorgé de pétrole,
de gaz, d’uranium, d’or, de minerai de fer et autres richesses en fait déjà un
des dragons des républiques d’Asie Centrale.
Après
7 heures de vol nous atterrissons à Almaty où la chaleur nous submerge, en
effet il fait 25°C malgré l’heure tardive – il est 01h45 du matin – mais nous
réchauffe quelque peu du froid de la climatisation pendant le vol.
Vladimir
Kolbintsev, notre guide russe nous attend dans le hall. Vladimir habite Taraz
ville de 300.000 habitants et capitale de la province de Zhambyl située à
l’extrémité Ouest de la chaîne du Tien Shan où nous allons nous rendre dans
quelques jours. Les trois chauffeurs qui l’accompagnent chargent nos bagages
dans les monospaces et prennent la route de notre hôtel perché à 2500m, juste au-dessus
de Chimbulak la station de ski à la mode située à 2h00 de route de l’aéroport,
où nous allons passer les 3 premiers jours de notre aventure floristique. Après
Chimbulak, la belle route laisse la place à un large chemin rocheux plein
d’ornières presque impraticable et la conduite se transforme en manœuvres de
franchissement permanentes. Arrivés vers 4h du matin, nous prenons possession
de nos chambres. Epuisé, je m’endors comme une souche.
1ere partie : Chimbulak
1er jour : Chimbulak –
Tuyuk-Su Gate
Tous
les jours le petit déjeuner (anglais) sera servi à 8h30 et le départ aura lieu à
9h00. Nous partons ce matin pour une petite randonnée de mise en jambes jusqu’à
Tuyuk Su Gate au pied des parois à pic de la montagne, à 2h de marche. Anna Ivastchenko,
botaniste, nous a rejoints au petit déjeuner et ne nous quittera plus du
voyage, identifiant les plantes avec une assurance impressionnante et
nous expliquant, à l’aide de quelques mots
d’anglais, ce qui différencie telle plante de telle autre pourtant similaire à
nos yeux. Anna nous sera d’une aide précieuse, car elle officie dans son
« jardin » la loupe autour du cou pour observer certains détails, le
piolet dans une main pour prélever un échantillon à étudier le soir lorsque
nous élaborons les listes des plantes rencontrées dans la journée et bien sûr
son carnet sur lequel elle inscrit le nom de toutes les plantes qu’elle voit ou
que les membres du groupe ont pu observer ou prendre en photo et qu’elle a
authentifiées.
Anna
a publié bon nombre de livres sur la flore du Kazakhstan et jouit d’une grande
réputation. Elle prendra prochainement sa retraite mais elle montre toujours un
grand émerveillement devant la beauté des plantes et fait encore preuve d’une
résistance physique qui nous impressionne tous.
A
peine avons-nous parcouru quelques centaines de mètres que, déjà, la flore est
imposante, excessive : Leontopodium
fedtschenkoanum au bord du chemin, Rhodiola
coccineum, R. linearifolium, Tulipa heterophylla, Dracocephallum grandiflorum, Sedum ewersii pas encore en fleurs, Cortusa brotheri, Callianthemum
alatavicum au beau feuillage bleuté ressemblant à celui de Corydalis melanochlora,
Primula algida, Viola altaica, Pedicularis
pubiflora, Thermopsis alpinum, Erigeron aurantiacum, Atragene (Clematis) sibirica de couleur
blanche entrelacé dans les Lonicera
hispida à fleurs blanches également ou sur Lonicera karelinii à fleurs roses et poussant à quelques mètres
seulement, Papaver croceum jaune
orangé de 30cm aux pétales froissés. Dans
les prés : Trollius songaricus, T. lilacina,
Allium atrosanguineum, Aquilegia
atrovinosa de toute beauté, un condensé de sa petite sœur des Alpes atrata et de la grande A olympica;
Hedysarum neglectum, Aconitum leucostomum, Saxifraga sibirica, Geranium albiflorum. Auprès d’un cours d’eau : Primula turkestanica, 30cm rose foncé ainsi
que des touffes de Cortusa brotheri
toujours les pieds au frais, Dactylorhiza
umbrosa en petites colonies. Sur des rochers, des rosettes de Rosularia alpestris aux fleurs blanc
rosé ressemblant à un Sempervivum, Draba subamplexicaulis à floraison
blanche ainsi que Gagea filiformis et
emarginata. Au bord du chemin, Erysimum croceum
35cm et Hieracium aurantiacum tous
deux à la floraison orange pur.
Nous
sommes maintenant à près de 3000m. La pente est raide et la progression
difficile dans les pierriers que nous devons traverser. Mais là, nous marchons
sur des tapis de Tulipa heterophylla,
d’Eritrichium tianschanicum syn. villosum
blancs, et de Gentiana uniflora. Au pied
de la barre rocheuse, la récompense est là: Paraquilegia anemonoides en
touffes, par centaines et toutes en fleurs, accrochées entre les rochers! Les
coussins mesurent jusqu’à 50cm ! J’ai l’impression de voir une fresque.
Une
petite bruine commence à tomber mais pour rien au monde je ne redescendrai sans
avoir vu ce spectacle, et malgré la difficulté d’approcher ces merveilles, pour
quelques photos, je suis prêt à braver tous les dangers. Nous redescendons
maintenant vers les chalets de notre hôtel. Je suis heureux, des fleurs plein
la tête et de belles photos. Le voyage commence bien.
2ème jour : Chimbulak –
Tolgar Pass.
Ce
matin nous reprenons la route et descendons jusqu’à la station de ski. A 1 km
de la station, Vladimir fait stopper les 4x4 et nous poursuivons à pieds. Le
long de la route : Geranium rectum,
Polemonium caeruleum, Rosa albertii à la floraison blanche et
parfumée, Aconitum leucostomum et encore
la magnifique Aquilegia atrovinosa et
toujours Cortusa brotheri. Arrivés à Chimbulak nous empruntons 2 lignes de
télésièges pour atteindre Tolgar Pass à environ 2900m d’altitude. Là nous
grimpons encore jusqu’aux pierriers instables où notre progression devient
difficile, mais dans cet univers de chaos minéral les petites plantes sont
légion : Draba arseninowii aux
fleurs jaune vif et au feuillage très vert, Chorispora
bungeana, petite brassicacée aux très grandes fleurs lilas prostrées et aux
feuilles découpées, Primula nivalis d’un rose soutenu, 25cm, Loydia serotina, Eritrichium villosum, blanc, Saxifraga
macrocalyx jaune vif, Androsace akbaitalensis pas encore en
fleurs, une autre Draba en feuilles
seulement, Saxifraga cernua et une
fois encore, à environ 3400m, Paraquilegia
anemonoides en larges touffes couvertes
de fleurs, incrustées dans les fissures des parois de la barre rocheuse sombre.
C’est un spectacle unique et un peu surréel car je ne vois aucune autre plante
sur ces parois exposées au Nord.
3ème jour : Chimbulak –
Medeo - Dzhabagly.
Nous
partons pour la matinée à Medeo – site de l’ancien anneau de vitesse de patins
à glace – situé à mi chemin entre notre hôtel et Chimbulak. Les prairies d’alpage
sont couvertes de millions de fleurs : Dracocephalum
integrifolium, Eremurus altaicus, jaune, Codonopsis clematidea par
centaines, Lithospermum arvense, Potentilla orientalis, Oxytropis almaatensis, endémique, Sedum hybridum, Scutellaria
transiliensis aux fleurs jaunes vif. Sur un amas de rochers : Thymus tianschanicus, Alyssum turkestanicum, Allium caesium d’un très beau bleu pâle, Sedum ewersii en feuilles seulement. En redescendant vers la route
nous pouvons voir : Aquilegia
atrovinosa, Polygonum poryarium, Rosa albertii et R. platyacantha jaune et parfumée
également, Oxytropis baissanensis aux
fleurs violettes, Tulipa
ostrowskianum en graines, Polemonium
caeruleum, Dianthus
tianschanicus, Aconitum
nemorum, Stachyopsis lamiiflora, Campanula glomerata.
Il
est temps de rentrer à l’hôtel pour le déjeuner. Cet après midi nous devons préparer
nos bagages et redescendre à Almaty pour prendre le train de nuit destination 600km
à l’ouest, dans la Réserve Nationale Naturelle d’Aksu-Dzhabagly, toujours dans
la chaîne du Tien Shan qui s’étale sur 1250 km au sud est du Kazahkstan
constituant ainsi une frontière naturelle avec ses voisins : la Chine, le
Kyrgyzstan et l’Uzbekistan.
Le
voyage va durer 11 heures et il fait chaud malgré un semblant de climatisation,
mais jusqu’au coucher du soleil nous admirons les paysages de la steppe et les
milliers d’oiseaux de toutes les couleurs. Après une nuit pratiquement sans
sommeil, nous arrivons au petit matin à la gare de Tülkibas où notre hôte,
Yevgueny Belousev nous attend pour nous emmener au village de Dzhabagly où il
nous hébergera pendant quelques jours. Le temps de prendre possession de nos
chambres, de passer sous la douche et de prendre un petit déjeuner copieux et
nous sommes fins prêts pour un premier contact avec les « black
mountains » du Karatau (les montagnes noires, parce qu’elles n’ont jamais
de neige en été).
2ème partie : Les
montagnes du Karatau
4ème jour : les
montagnes du Karatau : Kuyuk Pass, Karasay Gorge, Berkara, Ters Lake.
Le
vieux bus GAZ délabré servant habituellement au ramassage scolaire dans le
village, authentique relique de l’ère soviétique, file dans un rugissement inquiétant
sur la route poussiéreuse toutes fenêtres ouvertes. Le soleil tape déjà très fort.
Premier arrêt. Vladimir notre guide a repéré Delphinium semibarbatum (D. zalil) dans la steppe à droite de la
route. Nous descendons tous. Dans cet endroit désertique, des centaines de
Delphiniums jaune pâle. Cette plante tubéreuse, rare dans les catalogues, (on
la trouve sur le catalogue de Janis Ruksans) nécessite un repos estival comme de
nombreux bulbes. Par endroits, Centaurea
depressa et partout Tulipa orthopoda
en graines.
Nous
repartons. La température a encore grimpé. Après une demi-heure de route nous
atteignons Kuyuk Pass dans la chaîne du Karatau - vieux massif érodé et peu
élevé contrairement à la chaîne du Tien Shan qui est jeune et dont les sommets
atteignent allègrement 5000m et dont certains culminent à 7000m – l’endroit est
désertique et l’air est étouffant. De l’autre côté de la route, des Eremurus
tianschanicus pointent leurs superbes épis blancs. Cà et là, quelques
pieds de Delphinium semibarbatum aux
fleurs jaune crème. Dans les pierriers sombres et brûlants : Astragalus krauseanus, Haplophyllum
perforatum, Prangos uloptera, Phlomis salicifolia, Saligeria allioides,
Centaurea depressa, Acanthophyllum pungens petite caryophyllacée
en coussins piquants gris bleuté ressemblant à s’y méprendre à un Acantholimon dont une espèce pousse justement
à côté, Acantholimon
aulieatense mais il n’est pas encore en
fleurs et partout, des coussins piquants de Cousinia karatavica, belle astéracée aux
fleurs jaune vif à l’extrémité bleu violet. La luminosité est si intense dans
cet univers minéral qu’il est extrêmement difficile de distinguer la
végétation. Quelques plantes sont déjà en graines : Tulipa orthopoda, T. bifloriformis,
Korolkovia seversovii, Juno kuschakewiczii,
Meniocus linifolius brassicacée aux
fleurs jaunes, Alyssum petiolata et A. stenostachyum.
Nous
quittons cet endroit et reprenons la route. Nous atteignons Ters Lake, vaste
zone humide au milieu de nulle part. Pas un arbre à des dizaines de kilomètres
à la ronde, tout est plat et cette
chaleur ! Il est 12h30, et nous prenons notre déjeuner. Il fait 45°C dans
le bus. Chacun mange rapidement et boit beaucoup d’eau mais aussi du thé bien
chaud. Nous observons les oiseaux qui ont fait leur domaine de ce lac de
plusieurs centaines d’hectares. Nous repartons toutes fenêtres ouvertes vers Karasay
Gorge. Après 15mn de marche nous pénétrons dans les gorges. Monde minéral érodé
mais apportant une ombre bénéfique et en particulier des opportunités aux
dizaines d’espèces d’oiseaux pour nicher. Nous approchons le nid de quelques
rapaces en train de couver sans les déranger.
Nous
reprenons la route pour Berkara, vallée mondialement réputée pour ses bulbes.
Cette vallée boisée par endroits, nous apporte une ombre bienvenue. On peut
voir Malus sieversii, Rosa kokanica à la floraison jaune, Rubus caesium, Spiraea hypericifolia,
Capparis herbacea, Salix alba, Acer
semenovii et Fraxinus sogdiana.
Au pied des arbres ou sur les pentes, des centaines de Juno (Iris) kuschakewiczii, J.(Iris)
orchioides, Korolkovia seversowii,
Rhinopetalum stenantherum (syn. Fritillaria
stenanthera), Tulipa turkestanica ont défleuri et sont tous
en graines. Par endroits, quelques Ixiolirion tataricum nous font encore profiter
de leur belle floraison bleue.
Nous
repartons sous un soleil de plomb et reprenons la route ou plutôt la piste car
il n’y a plus de bitume. Pas un arbre ou arbuste à des kilomètres à la ronde.
Après une dizaine de kilomètres, Vladimir fait stopper le bus. Nos provisions
d’eau sont quasiment épuisées. Nos bouteilles sont brûlantes et l’eau également.
Au bord de la route une petite résurgence alimentée par une source va nous
fournir de l’eau bien fraiche pour tenir les 2h de trajet qu’il nous reste à
effectuer pour rejoindre notre hôtel à Dzhabagly. Il est 18h et il fait encore
28°C.
5ème jour : Tuyuk Pass
et Koksai Gorge.
Ce
matin notre itinéraire doit nous conduire vers une immense faille, Koksai Gorge
appelée aussi Koksai Canyon, reliant la chaîne du Karatau et celle du Tien Shan
créant ainsi des conditions favorables pour certaines espèces. Nous faisons une
première halte pour observer des dizaines de rapaces posés à quelques centaines
de mètres. Au bord du chemin pousse Rosa persica un petit rosier très ras et très
piquant portant de magnifiques fleurs jaune vif au cœur rouge. Nous arrivons à
Tuyuk Pass, tout le groupe s’éparpille du même côté de la route en direction
d’un immense lac, je choisi l’autre. Sur quelques mètres carrés je peux
observer Onosma dichroanthum,
Dianthus
tetralepis et à deux mètres de lui, Dianthus karataviensis, Aster canescens 40cm, Sedum alberti
à fleurs blanches, Convolvulus
linneatus en rosettes de feuilles gris argent. Le ciel est nuageux, il fait
moins chaud et c’est tant mieux, mais le vent est fort et sec et même un peu
froid mais surtout il me gêne pour prendre des photos tant les fleurs bougent. Nous
sommes repartis. Le bus roule maintenant sur un chemin de terre depuis plus de
10km et nous pouvons admirer de magnifiques tapis de Gentiana olivieri. Nous arrivons au bord de la faille. C’est
vraiment impressionnant. Le repas est servi et vite avalé, et après une
dernière tasse de thé, je commence à prospecter. Ce paysage de steppe semble
désolé, il l’est ; mais pas au niveau de la flore, car celle-ci est riche,
très riche. C’est le domaine de Gentiana olivieri qui, depuis ce matin, ne
nous quitte pas. Ses fleurs sont sublimes. Des alliums par dizaines de milliers
parmi lesquels Allium
barsczewskii rose carmin et sa variété albinos, A. caesium bleu pâle, A. trachyscordum et A. oreophyllum roses. Des orobanches, des astragales, des eremurus :
Eremurus tianschanicus, E. fuscus, E. cristatus, des serpents aussi ou
des vipères qui, par endroits, grouillent par dizaines au mètre carré. Bref, un
paradis…. Sur une pente de la gorge, je trouve un astragale extrêmement nain, 2
ou 3cm. Je collecte un specimen pour identification ce soir. Anna réussira à
identifier cet astragale. Son nom : Astragalus
kronenbuergii, mais rien à voir avec la bière, malheureusement, car par
cette chaleur elle serait bienvenue. Eremostachys
speciosa, Oxytropis spinosissima,
Hyoscyamus
niger de près de 1.30m de haut, superbe plante aux fleurs marron
veinées.
Nous
rentrons à notre hôtel après plus de 2 heures de route, fatigués mais contents.
Ce soir, après le dîner, nous mettons à jour les listes de plantes, d’oiseaux
et autres animaux sauvages rencontrés ou aperçus dans la journée. Ce travail
nécessite une à deux heures chaque soir et est effectué très sérieusement par
tous les membres du groupe sous la houlette d’Anna Ivaschenko pour les plantes
et de Vladimir Kolbintsev pour les oiseaux, serpents et autres mammifères, le
tout accompagné de quelques bouteilles de vodka. Il va sans dire que, pour moi,
c’est une torture d’entendre prononcer les noms latins avec l’accent anglais et
pourtant je parle anglais quasiment toute la journée dans ma profession. De ce
point de vue, je comprends mieux Anna ou Vladimir car leur prononciation du
latin est identique à la nôtre.
Demain
nous partons pour la Réserve Nationale Naturelle d’Aksu-Dzhabagly à une
quinzaine de kilomètres au sud du village, à l’extrémité nord ouest de la
chaîne du Tien Shan. Cette réserve, créée en 1926, est la plus ancienne d’Asie
Centrale et aussi la plus grande, avec une superficie de 85,574 ha. On y
dénombre 239 espèces d’oiseaux, 52 espèces de mammifères dont de très nombreux
ours et le discret léopard des neiges mais qui vit à près de 5000m, 11 espèces
de reptiles, et 5000 espèces d’insectes. Il reste quand même au botaniste pas
moins de 1280 espèces de plantes, bref, de quoi occuper ! Pour la petite
histoire notre groupe identifiera plus de 800 espèces de plantes au cours de ce
voyage, ce qui, en soit, n’est déjà pas si mal.
3ème partie :
Dzhabagly
6ème jour : la Réserve
Nationale Naturelle d’Aksu-Dzhabagly
A
9 heures notre bus nous conduit jusqu’à la maison du gardien à l’entrée du
parc. Là, nous allons changer de monture et continuer à cheval toute la journée
jusqu’au refuge avec trois haltes. Dans la réserve il n’y a que deux refuges
construits en dur dont le premier est vraiment petit, le second plus grand se
trouve à 2050m. Aucun des deux n’a l’électricité ou l’eau courante mais un
ruisseau coule juste à côté de chacun d’eux. Ces constructions spartiates sont
équipées d’un poêle et de petites chambres d’un ou deux lits. Elles sont
utilisées par les scientifiques qui viennent étudier la nature, par les rangers
qui sillonnent le parc ou par les groupes de touristes possédant une autorisation.
Les
chevaux que nous montons sont d’anciens chevaux de l’armée. Une équipe de la
télévision locale faisant un reportage sur le parc va nous suivre pendant plus
de 2 heures tout en nous filmant. A la première halte nous descendons de nos
montures. Se dégourdir les jambes ne fait pas de mal. J’observe les plantes
suivantes au bord du chemin: Campanula
glomerata, Gentiana olivieri, Tulipa greigii, Eremurus regelii, Allium caesium de
couleur bleu pâle, A. hymenorrhizum rose,
tous deux de 50cm environ, Ixiolirion tataricum, Iris sogdiana tantôt blanc et jaune tantôt
bleu pâle et violet, Aconitum talassicum, Delphinium confusum, Linum olgae aux
grandes fleurs roses, superbe, Scabiosa
songorica. Au milieu du chemin, Convolvulus pseudocantabrica fréquente C. lineatus au feuillage gris argent en
rosettes de 10cm. Vers 12h30 nous nous arrêtons pour la pause déjeuner au
premier refuge. Nous prenons notre repas à l’ombre, un petit café et du thé et
certains entament la sieste. Dans les environs je trouve Rosularia turkestanica sur des rochers et à quelques mètres,
difficile à repérer dans les herbes du talus Acantholimon alberti, puis à l’ombre, Asyneuma argutum (syn. Phyteuma argutum) grande campanulacée de
70cm aux jolies fleurs bleu pâle en étoiles. Plus loin, une touffe de Morina kokanica aux
fleurs roses et blanches toxique d’après Anna mais splendide. En atteignant le
bord des gorges de la rivière Dzhabagly qui coule 300m plus bas, Vladimir nous
montre quelques touffes de la rare Campanula alberti accrochée dans les fissures
des falaises à pic. Par bonheur l’une d’entre elles se trouve à quelques mètres
derrière moi, mais pas facile à photographier et il me faut prendre des risques,
et toujours ce vent.
Nous
sommes repartis, mais mon cheval se montre très nerveux. J’ai remarqué qu’il ne
supportait pas d’être dépassé par les autres. Soudain il part au galop et
dévale le chemin jusqu’au ruisseau. Je l’ai arrêté mais je pense que c’est lui
qui s’est arrêté en retrouvant ses congénères. Après l’avoir laissé boire nous
repartons. A peine avons-nous marché une vingtaine de minutes que mon cheval
qui vient de brouter une touffe d’herbe au bord du chemin se cabre en
hennissant et part au grand galop hors du chemin. Je me cramponne tant bien que
mal en tirant sur les rênes pour l’arrêter, mais il ne veut rien savoir et
tente même de me désarçonner à plusieurs reprises. Je résiste, comme au rodéo.
Combien de secondes, je n’en n’ai pas la moindre idée mais c’est long. Soudain
je me rends compte que mes pieds sont sortis des étriers, le cheval rue, je
sens qu’il va me faire passer par dessus lui et j’en suis effrayé, alors je
décide de m’éjecter en me projetant sur le côté, il n’y a pas de rochers à cet
endroit, cela devrait aller. Je me réceptionne correctement en glissant sur
quelques mètres. J’essaie de me relever mais mon bras refuse, ma montre a
provoqué une énorme boursouflure au niveau de mon poignet gauche, j’enlève
rapidement la montre. J’ai terriblement mal aux côtes et au rein droit. Mon sac
à dos et le sac contenant mon appareil photo que je porte devant moi n’ont pas
arrangé les choses. Le sac photo s’est ouvert et un objectif gît près de moi
mais intact. On me relève. Je pense que mon poignet est cassé, mais le
propriétaire des chevaux me remet en selle sur un autre cheval. Je sens que je
perds connaissance mais essaie de me ressaisir. La douleur est terrible. Je
rejoins quelques minutes plus tard le reste du groupe. On me fait une attelle
et un bandage. Ma trousse de secours est particulièrement bien garnie et je
peux prendre un comprimé contre la douleur. Je bois beaucoup. Paul Green, notre
accompagnateur, décide de rester avec moi, le reste du groupe poursuit sa route
jusqu’au dernier refuge. Nous allons attendre là, dans la nature, pendant 4h
avant que le camion qui est monté le matin avec les yourtes ne redescende. Je
suis au bord de la syncope à chaque ornière. Nous mettrons plus d’une heure
pour rejoindre notre hôtel à Dzhabagly. Vers 21h30 nous partons pour l’hôpital régional
de Taraz, à environ 30 minutes de route. L’hôpital ressemble en fait à un petit
établissement de quartier d’une ville moyenne chez nous. Après une piqûre anti
douleur, une radio et un plâtre, nous repartons pour l’hôtel où l’on nous sert
un dîner copieux, puis nous allons nous coucher.
7ème jour : Village de Dzhabagly
Aujourd’hui
nous restons au village. Paul a réussi à me convaincre qu’il était plus raisonnable
que je me repose un peu pour récupérer de cette terrible chute mais je suis
heureux car le toubib de l’hôpital nous a dit que je n’avais rien de grave.
Dans
l’après midi, Yevgueni, le propriétaire de l’hôtel nous propose de monter au
refuge rejoindre le groupe en fin d’après midi. Je dis oui tout de suite et
nous partons en 4x4 vers 17h. Je suis heureux de poursuivre mon aventure.
A
notre arrivée, tout le monde est content de se retrouver et chacun vient aux
nouvelles.
8ème jour : Réserve de
Dzhabagly - Ulken Kaindy Pass
A
9h00 Paul et moi partons à pieds vers Ulken Kaindy Valley. Le groupe y est allé
hier à cheval. Nous traversons les prairies d’alliums, d’iris sogdiana, de
tulipes, de delphiniums, de trolles et d’une multitude d’autres plantes. Par
endroits la terre a été retournée par les ours et les bulbes d’alliums et de
tulipes sont étalés par terre. J’en ramasse quelques uns et repars mais la
pente est raide et je peine. Mes côtes me font mal à chaque respiration. Nous
nous arrêtons souvent et je bois beaucoup. Le soleil tape fort et nous sommes
chargés. Nous décidons d’optimiser notre charge. Demain Paul portera mon sac à
dos. Nous mettrons en commun l’indispensable : ma trousse de secours,
sûrement la mieux garnie. Ma paire de jumelle aussi, est très légère, mais extrêmement
puissante. Celle de Paul est énorme et ancienne et peu performante. Il ne
quittera plus mes jumelles du reste du séjour. Aujourd’hui Paul portera mon sac
à dos. Je porterai mon sac contenant mon matériel de photo ainsi qu’un stick et
de l’eau pour la journée.
Après
avoir traversé les prairies, nous atteignons les pierriers que nous commençons
à gravir lentement. Les pierres roulent sous nos pieds à chaque pas. Soudain
Paul aperçoit une magnifique Tulipa greigii rouge vif. Plus haut, au bord
d’un névé, des tapis de Tulipa kaufmanniana et T. dasystemonoides
sont encore en fleur et parmi toutes ces tulipes, des centaines de pieds de
Corydalis
ledebouriana,
un de mes genres préférés. Je suis aux anges. Puis à quelques mètres nous
découvrons Iris
(Juno) kuschakewiczii, magnifique, d’un bleu pâle aux feuilles
vertes presque vernissées très proche d’I. willmottiana. A 2m, un pied d’Iris (Juno) orchioides,
superbe, aux sépales jaunes et aux tépales blancs. Nous n’en voyons pas d’autres
et ce sera d’ailleurs le seul que nous verrons en fleurs.
Nous
apercevons au loin nos amis qui longent les crêtes à dos de cheval. Pendant ce
temps Paul et moi progressons lentement. Le soleil tape maintenant très fort et
nous voulons à tout prix trouver un endroit ombragé avant midi afin de nous
reposer et de déjeuner. La descente s’annonce difficile en raison des névés
qu’il va falloir franchir sans équipement. Nous nous installons sous un surplomb
rocheux bien frais mais le sol est en forte pente. Pendant que Paul sort nos
repas j’aperçois à moins d’un mètre une touffe de campanules : Campanula
capusii (syn. C. lehmanniana) et juste à côté, Stephanocaryum olgae qui ressemble à s’y méprendre à un Myosotis ou un Eritrichium. Un peu plus loin Paraquilegia caespitosa identique à P. anemonoides mais au feuillage duveteux.
Sur les rochers, en plein soleil, des tapis de 50cm d’Androsace sericea en pleine
floraison, blanche et tout près,
Primula minkwitziae, magnifique primevère de couleur rose foncé de 10 à
13cm de haut environ accompagnée de Viola
biflora. Je glisse sur une dizaine de mètres. Heureusement mon plâtre
protège mon bras mais pas ma jambe, mais ce n’est pas grave. Je remonte tant
bien que mal pour prendre mes photos.
Après
plus d’une heure de repos nous commençons à redescendre. Pour moi c’est un
cauchemar car il n’y a pas de chemin, il faut dévaler les pentes, les pierriers
et surtout traverser les névés qui me paralysent de peur. Mes chaussures
glissent sur la neige verglacée. Je pique mon bâton du côté droit, celui de la
pente et Paul se tient en appui pour éviter la chute. Nous mettrons 20 minutes pour
traverser le névé et atteindre l’autre côté. Nous rencontrons les Corydalis ledebouriana que nous avons
déjà vu ce matin, par centaines, poussant parmi les Junos, les Rhodiola heterodonta et les Tulipa dasystemonoides et kaufmanniana.
Ensuite
en atteignant les prairies la descente est plus rapide et nous arriverons au
refuge avant les cavaliers. Après la douche je montre les photos que j’ai prises.
A ma grande surprise personne n’a pu voir hier Juno orchioides. Nous sommes fiers Paul et moi d’ajouter cette
magnifique plante à notre palmarès. Nos amis reconnaissent qu’à cheval il n’est
pas facile de voir les plantes qui, avec la lumière, se confondent avec
l’élément minéral.
9ème jour : Dzhabagly :
Kshi Kaindy Valley
Aujourd’hui
nous partons sur les traces des cavaliers mais au bout de 3h00 nous ferons
demi-tour. En effet je ne peux plus avancer. Chaque respiration me fait
souffrir et mes côtes surtout me font mal, la progression est difficile et la
végétation est haute – 1.20m environ – et les pentes sont raides et toujours
cette chaleur étouffante. Nous traversons un cours d’eau assez facilement, mais
au deuxième c’est devenu un torrent. Paul va mettre presque 1h à charrier des
rochers pour construire un passage pour que je puisse traverser le plus
sûrement possible.
Nous
apercevons au loin nos amis arrivés au point de rendez-vous pour le repas. Nous
nous rendons à l’évidence, il nous faudrait encore environ 2h pour les
rejoindre. Je souffre trop. Je demande à Paul de faire demi-tour. Si près du
but c’est rageant. Nous redescendons jusqu’à la rivière pour nous mettre à
l’ombre et nous reposer. Un « ranger » arrive quelques minutes plus
tard à cheval, nous donne nos repas et quelques bouteilles d’eau et repart au
galop. A quelques mètres nous apercevons Allium
karataviense, défleuri, à droite du chemin, sur quelques mètres carrés de
pente caillouteuse. Dire que nous sommes passés à moins d’un mètre en montant
tout à l’heure sans les voir tant il est difficile de distinguer les plantes dans
les pierriers. Près du cours d’eau, Paul manque marcher sur une belle touffe de
Lomatogonium carinthiacum une belle gentianacée bleu pâle mais en boutons.
Tous les cavaliers du groupe sont passés à côté également sans voir cette
plante, rare dans cette région.
10ème jour : Dzhabagly –
Baidaksai Valley.
Ce
matin, Paul et moi partons pour Baidaksai Valley. Le temps est maussade. Le
ciel est nuageux et gris et le vent est fort et froid. Je n’ai pas prévu de
vêtement chaud et c’est bien la première fois. Tant pis j’aurai froid toute la
journée. Pis, une petite pluie fine sera aussi de la partie pendant quelques
heures. Cette nuit j’ai récupéré et suis en meilleure forme. Nous partons à un
bon rythme et avançons rapidement à travers les herbes hautes. Arrivés sur la
crête, nous nous dirigeons vers la gauche où se trouvent des dessins
préhistoriques gravés dans la pierre. Nous en profitons pour nous reposer un
peu et faire quelques photos d’Acantholimon alberti
cette fois-ci en fleurs. Nous reprenons notre marche, coupant à travers
champs. Finalement nous rejoignons le groupe parti à cheval pour le repas. Dans
les rochers nous pouvons observer Arenaria
griffittii, Rosularia alpestris, Pyrethrum
tianschanicum. Dans la prairie, on peut voir Inula rhizocephala, Trollius
altaica orange, la magnifique Lindelofia tchimganica aux fleurs pendantes orange
foncé, Dianthus hoelzerii et toujours le bel Allium barczewskii.
Ce
soir nous fêtons notre dernier jour dans la réserve que nous quitterons demain
matin. Nous avons tous hâte de retrouver la civilisation et ses commodités.
Après une bonne bière Kazhak bien fraîche et un bon repas, nous entamons
quelques bouteilles de vodka tout en discutant dehors. Nous pouvons ainsi
admirer des chamois et des bouquetins, et même un ours brun. Nous sommes tous
heureux car ils ne sont pas faciles à voir, même si la plus forte population au
monde de cette espèce se trouve dans le parc : environ 60 individus sur
200 environ. Après la mise à jour de la liste, je vais me coucher, mais ce soir,
c’est sous la yourte, histoire d’essayer.
11ème jour : départ de
la réserve de Dzhabagly
A
9h00 nous quittons tous le refuge à pieds. Sur des rochers, une petite colonie
de marmottes ne semble pas perturbée par notre passage. Nous traversons les
prairies couvertes de millions de fleurs qui nous arrivent jusqu’au
buste : Codonopsis clematidea, Allium drobovii 70cm blanc verdâtre, A. caesium, A. oreophilum, A filifolium,
Iris sogdiana. Après 2 heures de marche nous atteignons la forêt de
juniperus : Juniperus semiglobosa,
J. seravschanica et J. turkestanica.
Nous
faisons une halte d’une heure afin de récupérer les retardataires et de nous reposer
à l’ombre. Au bord du chemin Orobanche uralensis et O. kotschyi, Campanula glomerata et sa variété
blanche, Cortusa
tianschanica dans les sous-bois,
Convolvulus linearis et Codonopsis
clematidea dans les clairières. Nous longeons maintenant le précipice qui
surplombe les gorges de la rivière Dzhabagly, les talus caillouteux le long du
chemin nous permettent de voir des tapis d’Acantholimon
alberti et des pieds de Juno (Iris)
et de Fritillaria seversowii
desséchés et en graines. Vers 12h30 nous nous arrêtons dans une clairière pour
déjeuner. Les rangers nous ont devancés et ont déjà installé les couvertures,
les repas, les couverts et les boissons. Les chevaux sont attachés sous les
arbres. Tout le monde repartira tout à l’heure à cheval excepté Paul et
moi-même ainsi que Pat Bundy qui ne supporte plus les randonnées cavalières. Nous
nous installons confortablement et commençons à manger. Je suis en pleine
forme, depuis ce matin le trajet est très agréable bien que nous marchions à
travers champs avec la végétation jusqu’à 1.20m environ, mais elle est si belle
que c’est un plaisir. Et puis nous avons tout notre temps. Tant de fleurs, tant
de senteurs et un paysage si beau, à l’infini. Après le repas et quelques
tasses de café et de thé, nous repartons. Le groupe repart à cheval. Le relief
est très escarpé. Nous devons d’abord traverser un petit cours d’eau. Paul et
moi examinons le passage afin de voir s’il n’y a pas de difficulté pour
traverser. Avec mon bras plâtré je n’ai pas beaucoup d’équilibre et je risque
de tomber sur les rochers glissants. Je commence à marcher sur un tronc qui
relie l’autre rive. Une branche morte au dessus du cours d’eau et à mi hauteur
m’aide à traverser. Malheureusement elle cède au milieu du passage, je glisse
et tombe à l’eau. Tout va bien, j’ai juste les pieds trempés. Nous aidons Pat.
Elle a préféré enlever ses chaussures pour traverser. Nous grimpons rapidement
la pente raide par le petit sentier. Déjà, le reste du groupe parti après nous,
mais à cheval, nous rattrape et nous dépasse. Nous atteignons le chemin principal
et nous arrêtons pour les regarder. Il ne fait pas trop chaud mais pour Pat qui
a souhaité faire ce chemin à pieds avec nous, nous devons ralentir le rythme,
ce qui nous permet de prendre notre temps mais aussi de faire de belles photos.
Nous pouvons voir sur les bords du chemin Dianthus
hoelzeri, Campanula
glomerata ainsi qu’une jolie variété rose et toujours la très belle Gentiana
olivieri qui nous suit imperturbablement. Sur la partie centrale du
chemin, des rosettes de Convolvulus lineatus ainsi que des touffes d’Iris sogdiana. Sur le bas côté, des
pieds de Rhinopetalum stenantherum
(Fritillaria stenanthera) très belle fritillaire à fleurs roses de 30cm
environ mais en graines.
12ème jour : Aksu Canyon
et le village d’Irsu
Notre
bus fonce à tombeau ouvert sur la mauvaise route qui nous mène du village de
Dzhabagly jusqu’au Canyon d’Aksu. La chaleur est torride et après avoir quitté
la route pour une mauvaise piste, nous devons nous arrêter car le bus n’en peut
plus, il doit faire une halte et surtout, boire beaucoup. Pendant ce temps nous
nous éparpillons pendant une petite heure, le temps pour le moteur de faire une
petite sieste.
Dans
les rochers, je peux voir Acantholimon
alberti en coussinets lâches et quelques tapis de Thymus turkestanicus, Cousinia
umbrosa, Sedum ewersii, Rosularia turkestanica. Nous reprenons la route en
lacets. Après quelques kilomètres, nous roulons enfin sur du plat, et
atteignons le Canyon d’Aksu. Nous entamons, à pieds, la descente dans le
canyon. En magnifiques touffes bleues, la rare Campanula serguiei s’accroche dans les fissures des parois
rocheuses. Un peu plus loin, se confondant presque avec la couleur de la terre
et de la roche, une splendide bulbeuse de la famille des Amaryllidacées Ungernia severzovii
aux fleurs orangées presque ocre, la couleur de la roche. Sous un surplomb, et
à l’ombre, la belle Scutellaria virginica
s’est réfugiée afin que l’on apprécie sa robe d’un jaune si pâle qu’on
la croit blanche. Une pure merveille. Un peu plus bas dans la descente,
quelques Allium oreophyllum rose
carmin et Ixiolirion tataricum encore
en fleurs. Nous nous arrêtons sur un promontoire, et ne descendrons pas jusqu’au
fond de la gorge dont l’accès est difficile mais Anna est déjà en bas. Je ne
sais pas comment elle fait, mais elle nous épate tous.
En
remontant le chemin nous rencontrons Alochusa
gypsophylloides et sur les rochers Sedum
pentapetalum. Il fait chaud mais c’est supportable. Nous rejoignons le bus
et nous nous installons pour prendre notre déjeuner à l’ombre de quelques
grands arbres. Après le repas, certains entament même une petite sieste.
Nous
sommes repartis pour Dzhabagly. Arrivés dans la vallée, notre chauffeur
s’arrête dans le petit village d’Irsu. Un village typique, où la vie ne semble
pas avoir changé depuis toujours, même si l’on peut apercevoir quelques
paraboles installées sommairement. Dans ces régions reculées où les routes sont
peu nombreuses et en mauvais état, et les voitures encore rares, la télévision
est le plus souvent le premier acte de modernité. Pour se déplacer, le cheval reste
le meilleur ami de l’homme et en tout cas il est écologique.
Les
visages des enfants, en nous voyant, s’illuminent. Pensez, ce n’est pas tous
les jours qu’un bus transportant des touristes s’arrête ici. Nous sollicitons
leur accord pour les photographier, ce qu’ils acceptent visiblement avec
bonheur. Et cela en est un pour nous également tant ils semblent heureux.
Nous
rentrons à notre hôtel pour préparer nos bagages et reprendre la route pour la
gare de Tülkibas où nous prendrons le train de nuit pour Almaty. Là, nous entamerons
la dernière partie de notre périple botanique dans le Tien Shan.
4ème
partie : Gaish Observatory, Cosmos Station, Big Almaty Lake.
13ème
jour: Gaish Observatory
Nous
arrivons à la gare centrale d’Almaty vers 8h30. Malgré mon plâtre j’ai quand
même pu dormir un peu. Une tasse de café et juste le temps de sortir avec les
bagages. Nos chauffeurs russes des trois premiers jours sont déjà à pied d’œuvre
et ont embarqué mon énorme sac. Confortablement installés, nous traversons
Almaty, ville tentaculaire à la circulation déjà difficile et pourtant équipée
d’avenues à dix voies et d’autoroutes flambant neuves. Nous sommes enfin sortis
de la ville et mettons le cap sur le sud. Après une bonne heure de route nous
entamons la montée. La montagne est splendide et sauvage. Nous faisons une
halte, il est onze heures. Tout le monde s’éparpille. Sous les sapins, on peut
voir la belle Aquilegia atrovinosa, Cortusa brotherii et Moneses uniflora petite Pyrolacée blanche. Nous reprenons la
route, mauvaise, qui se transforme bientôt en une terrible piste de rochers et
d’ornières, seulement fréquentable par des véhicules 4x4, ce qui est le cas de
nos monospaces.
Au
bout de deux heures de ce menu, nous arrivons à Gaish Observatory à 3000m
d’altitude. Impressionnant, irréel, peut-être un lieu ayant servi au tournage
d’une fiction, je ne sais pas. Ce site est un ancien observatoire de l’ère
soviétique, doté de son télescope, flanqué d’immenses capteurs d’ondes radios
et de milliers de mètres carrés de panneaux solaires, le tout à l’abandon,
rouillé, en partie démonté, excepté le dôme et son télescope qui est proposé
aux touristes pour des observations nocturnes et pour quelques dollars. L’immense
bâtiment, autrefois occupé par les scientifiques, est désormais reconverti en
hôtel (zéro étoiles sans faire de jeu de mots). Le confort est spartiate, mais
bon, nous ne sommes là que pour trois jours.
Après
un bon repas nous nous préparons pour une petite balade autour de la station.
Dans
l’herbe rase près du chemin, Leontopodium fedtschenkoanum et L. ochroleucum,
Papaver croceum, Aster alpinus, Dracocephalum
grandiflorum, Erigeron aurantiacum.
Dans les moraines : Thymus
tianschanicus, Chorispora bungeana aux grandes fleurs lilas
posées à même le sol, Gentiana karelinii.
Nous attaquons la pente couverte d’arbustes quand nous tombons sur une
magnifique plante : Schmalhausenia nidulans, fantastique plante
aux immenses fleurs violacées au feuillage translucide. Plus haut entre les
buissons, Corydalis
gortschakovii 40 à 60cm d’une belle couleur jaune d’or. Sur les
rochers quelques pieds de Draba arseninovii aux fleurs jaunes et au
feuillage vert vif. La nuit tombe vite et l’air fraîchit, nous redescendons
rapidement vers l’hôtel. Au pied d’un grand sapin, Vladimir nous montre
quelques superbes pieds de Corydalis glaucescens rose pâle. Quelle belle
journée. Décidément nous n’avons pas encore tout vu.
14ème jour : Cosmos
Station
Après
une excellente nuit comme je n’en n’ai pas connu depuis quelques jours je suis
en pleine forme. Ce matin, nous nous rendons à Cosmos Station à 3500m
d’altitude. Après une heure de montée chaotique avec les 4x4, lente et parfois
périlleuse au bord des ravins nous atteignons enfin notre destination. Nous
grimpons à pieds les 200 ou 300m restant de la forte pente. Nous marchons littéralement
sur des centaines d’espèces de plantes : Androsace akbajtalensis, Saxifraga macrocephala aux pétales jaune brillant, Smelowskia
calycina, belle brassicacée à la floraison blanche en boules, plus
fréquente au nord des Rocheuses ou au Sud de la Patagonie, Oxygraphis glacialis, Eritrichium villosum = tianschanicum blanc pur, Leontopodium
fedtschenkoanum et L. ochroleucum plus
petit, Rhodiola coccinea d’un si beau
rouge, Viola tianschanica. Entre les
rochers, Saxifraga hirculus jaune et S. siberica blanche, Androsace
fedtschenkoi, 6cm aux petites fleurs blanches en corymbe, tout près Draba arseninovii jaune, Saussurea supina,
magnifique, légèrement bleutée, Oxytropis chuonobis bleu pâle accompagné de Pedicularis
oederii jaune à l’extrémité des fleurs marron. Sur les rochers à
l’ombre, de grands tapis de Saxifraga
oppositifolia d’un rose foncé un peu délavé. Au milieu d’un pierrier,
quelques touffes de Cisticorydalis fedtschenkoana au feuillage
gris bleuté mais la plante n’est malheureusement pas en fleurs, mais le
feuillage à lui seul est magnifique. Sur les parois rocheuses, les Paraquilegia anemonoides étalent leurs
floraisons opulentes, laissant juste un peu de place aux tapis de Tylacospermum
caespitosum (qui ressemblent à Minuartia
stellata) et de Sieboldia hexandra.
En redescendant, j’aperçois une petite colonie de Primula tianschanica les pieds
dans un petit ruisseau.
15ème
jour : Big Almaty Lake
Notre
descente est une fois de plus une épreuve. Fortes pentes, ornières
gigantesques, rochers, et dévers inquiétants. Au bout de 3 ou 4km nous arrivons
près du lac. Nous empruntons à pieds le chemin qui longe une sorte de digue. A
l’autre bout, nous apercevons quelques Eremurus
altaicus et toujours Codonopsis
clematidea.
Nous
descendons sur la partie asséchée du lac et avançons vers l’intérieur du lac
qui est sec sur plus du tiers de sa superficie. Nous ne sommes que mi juin,
c’est plutôt inquiétant. Sans doute un effet du réchauffement (durable ?).
Nous
pouvons voir Parnassia laxmannii,
Astragalus alatavicus, Dracocephalum stamineum, Semenovia transiliensis,
Papaver croceum et juste à côté Glaucium squamigerum autre Papaveracée aux longues gousses de graines pendantes
mais ses fleurs sont également jaune orangé,
Dracocephalum nutans, Allium amblyophyllum, Thymus tianschanicus, Polygonum viviparum, Gentiana karelini d’un
très beau bleu pâle, Mycaria squamosa
espèce de tamaris rose relativement bas, Gentiana
(Gentianella) turkestanorum non loin de Gentiana
falcata. Près d’un ruisseau, le beau Pedicularis rhinanthoides et non loin de là,
je découvre une superbe touffe de Gentiana kaufmanniana au milieu d’un pied
de pissenlit. Les Epilobiums étalent
leurs magnifiques floraisons rose foncé. Sur des rochers une plante en
tapis : Koenigia icelandica,
plus commune dans les régions boréales.
Nous
remontons lentement vers les véhicules sous un soleil de plomb. Le déjeuner
terminé et l’après midi étant libre, Paul et moi décidons de redescendre avec
Alf et Hannah jusqu’au lac mais de le contourner par les crêtes. Un des
chauffeurs nous amène jusqu’en bas et nous commençons l’ascension. Sur le bord
du chemin nous remarquons Erysimum croceum, Epilobium latifolium, Gentiana turkestanorum, une magnifique touffe
de Dianthus
kushakewiczii. Sur les rochers,
des coussins de Draba et de Sedum. Sous un surplomb une belle colonie de Viola biflora. En redescendant, en
longeant une rivière tumultueuse je suis surpris par une splendide touffe de Dracocephalum
imberbe d’un bleu sublime. Le
soleil se couche, j’essaie une photo sans flash puis une avec, on verra.
Demain
nous partirons en début d’après midi pour Almaty. Nous passerons la soirée à
l’hôtel Kazhol, un 4 étoiles, en centre ville. Ce sera l’occasion pour nous
tous d’être ensemble une dernière fois, et aussi de reprendre un peu le contact
avec le confort que nous avons un peu perdu depuis le début de notre aventure.
16ème jour : Gaish
Observatory et retour à Almaty
Ce
matin nous partons faire une petite balade, la dernière avant notre départ,
dans les environs de la station. A peine avons-nous parcouru quelques centaines
de mètres que nous pouvons voir Allium
platyspathum, A. schoenoprosoides,
A. atrosanguineumet quelques Tulipa heterophylla. Sur un rocher une petite Gagea, Gagea michaelis. Nous continuons à avancer dans la prairie bosselée
par des parties rocailleuses. Anna Ivaschenko nous appelle, elle vient de
découvrir une énorme touffe d’Astragalus hemiphracia de 40cm de hauteur et
d’une belle couleur rose. Un peu plus loin, l’un de ces petits monticules est
un véritable petit jardin alpin d’une centaines d’espèces : Callianthemum alatavicum, Pulsatilla campanella, Ranunculus alberti, Minuartia kryloviana, Sedum
ewersii et S. alberti, Rosularia alpestris et Rhodiola coccinea, Chorispora bungeana, Artemisia aschurbajevii, Alchemilla sibirica, et
des Potentilla impolita, desertorum, orientalis, evestita, asiatica et
d’autres encore et toujours Astragalus
alatavicus, Oxytropis recognita à
la floraison jaune, Geranium saxtile,
Polygala hybrida, Euphorbia tianschanica, Viola altaica, Eritrichium villosum, Aster
alpinus, Myosotis asiatica, Dracocephalum grandiflorum et D. nutans
aussi beaux l’un et l’autre sans oublier Taraxacum pseudoroseum. Mais arrêtons ici notre
liste qui semble sans fin et donne le tournis, j’en oublie très
vraisemblablement des dizaines.
Nous
atteignons maintenant un cours d’eau dont le lit pourtant large de 10 à 20m est
totalement à sec. Les effets du réchauffement sans doute. Vladimir nous disait
qu’il tombe de moins en moins de neige, et d’ailleurs à Chimbulak la station
est équipée de douze canons à neige, preuve s’il en faut que la couverture
neigeuse devient une denrée rare. En tout cas il n’y en a pas non plus à Cosmos
Station à 3900m où nous étions avant-hier.
A l’ombre
des rochers, le long de la berge, Saxifraga
sibirica et à côté d’elle, Paropyrum anemonoides,
renonculacée de 25cm environ aux fleurs blanches. De l’autre coté du lit de la
rivière, sur un rocher exposé au soleil, un large coussin de Thylacospermum caespitosum. Nous faisons
maintenant demi-tour car il est temps de rentrer déjeuner et préparer nos
affaires pour descendre à Almaty dans l’après midi.
Après
deux heures de descente périlleuse, nous rejoignons enfin la route asphaltée et
sa circulation. Encore une heure de route et nous arrivons à l’hôtel Kazhol. Nous
prenons possession de nos chambres. J’en profite pour prendre une bonne douche
et pour raser ma barbe de huit jours.
Nous
nous retrouvons tous sur une terrasse de l’hôtel pour le dîner. Nous sommes
tous heureux et tristes à la fois et les discussions vont bon train. Le dîner
est excellent et le vin rouge kazakh n’est pas pour déplaire. Certains
envisagent leur prochain voyage mais nous sommes tous unanimes, ce voyage est
fantastique, les paysages sublimes et la flore, je viens de vous la décrire par
le menu. Anna Ivaschenko a apporté quelques livres dont elle est l’auteur. Je
lui en achète un qu’elle me dédicace gentiment et m’embrasse. Je promets à Anna
de transmettre ses amitiés à son amie Alexandra Berkutenko botaniste russe bien
connue et, comme Anna d’origine ukrainienne. Il est tard maintenant, il faut se
coucher.
17ème jour : départ pour
Londres et Paris.
Ce
matin nous reprenons l’avion pour Londres. Paul a décidé de m’accompagner pour
m’aider à porter mon sac jusqu’au terminal où je prendrai la correspondance
pour Paris.
Ce
fut un très beau voyage, extraordinaire, dans un pays où la population est très
accueillante. Les paysages sont magnifiques et malheureusement nous n’en
n’avons vu qu’une infime partie. Il serait intéressant de passer un peu de
temps dans la montagne vers 4500m. Pour les passionnés de bulbes, il faut venir
en avril mai. Là, le sol est couvert de millions de tulipes en fleurs (huit
espèces), des Junos (six espèces), des fritillaires, lloydia, gagea (neuf
espèces), et bien d’autres encore. Pour ceux qui appréhendent peut-être, sachez
que j’ai vraiment apprécié la nourriture et que malgré les conditions
spartiates de notre séjour de six jours dans le Parc de Dzhabagly (pas d’eau
courante) aucun d’entre nous n’a été malade.
Enfin, je tiens à remercier Vladimir Kolbinsev, maintenant « Tour leader » chez Greentours, pour son professionnalisme dans l’organisation et pour rendre notre séjour toujours agréable et aussi pour nous avoir fait découvrir le maximum de sites riches en plantes extraordinaires. Tous mes remerciements vont également à Anna Ivaschenko, une botaniste hors pair qui a passé toute sa vie dans la nature, et dont le visage s’inonde encore de bonheur à la simple vue d’un leontopodium, d’un eritrichium ou d’un dracocephalum. Un bonheur qu’elle sait faire partager aux autres. Son aide, sa grande compétence et son expérience ont été d’un grand secours pour nous tous et pour donner à ce voyage botanique une dimension supérieure, presque scientifique. Merci à Paul, notre accompagnateur, toujours de bonne humeur et qui m’a aidé et accompagné après mon accident. J’envisage un autre voyage au Kazakhstan dans les montagnes de l’Altai, chaîne montagneuse qui s’étend au nord le long de la frontière avec la Sibérie russe et à l’est avec la Mongolie. La flore y est riche et comme dans la chaîne du Tien Shan, exceptionnelle avec ses près de 300 espèces endémiques.
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